1989-2018: Zenglen, 29 ans d’instable stabilité

Le mois de juillet de cette année ramènera le 29e anniversaire de la bande à Jean Brutus Dérissaint. Et pour marquer son 29e, le groupe livre aux mélomanes « No Dead End », son 15e album studio, si l’on intègre les trois volumes des projets X-Tra by Brutus – Still the Zenglen connection. Avec une moyenne d’un (1) album tous les deux (2) ans pratiquement, Zenglen peut se targuer d’avoir réalisé une performance exceptionnelle dans un milieu où se conjuguent généralement paresse des musiciens et improductivité des formations musicales.

Si pendant ces 29 ans, Zenglen n’a pu garder dans ses rangs que son guitariste compositeur Jean Brutus Dérissaint, initiateur du mouvement aux côtés de Patrick Martineau et de Gary Didier Perez, il est à croire que ce groupe est caractérisé par une instabilité chronique en matière de gestion de ces musiciens. Même s’il faut reconnaitre qu’hormis Pè Brut, la saxophoniste Nicolina Ferrentino, le tambourineur Eddy Germain et le percussionniste James Nozil ont fait preuve d’une grande fidélité à la formation au mythique chiffre cinq (5).

En effet, le « ban devan » de Zenglen reste la partie du groupe qui reflète au mieux cette instabilité. Avec Gary Didier Perez, David Charles, Gracia Delva, Réginald Cangé, Jean Edouard Jean Baptiste (Frérot), Kenny Desmangles, Dabenz Chéry, Johnson Darbel (Klemay), Widler Octavius (Wid) et Emmy Nixon Louis (Emmynix), la formation 5 étoiles a connu 10 chanteurs pendant ces 29 années d’existence. Et ceci sans compter ceux d’entre eux qui ont fait l’expérience Zenglen à deux reprises. C’est le cas de Réginald Cangé et de Frérot. Aussi avons-nous volontairement omis de mentionner les noms de Sandra Desmornes et de plusieurs autres chanteurs qui ont surtout participé sur l’album le moins connu de Zenglen, selon l’avis de plus d’un, « Ou toujou la ».

La plus longue période de stabilité pour un « front man » au sein de Zenglen est celle qu’a vécue Kenny Desmangles entre 2007-2015 (8 ans). Par ailleurs, Dabenz et Klemay cantonnent en tête du classement des chanteurs ayant passé la plus courte durée à occuper ou à partager le « ban devan » du groupe. Les interprètes de « Happy 20 » (Dabenz), de « Bird of paradise » (Klemay) et de « Zenglen pran devan » (Klemay en collaboration avec Frérot) n’ont passé qu’une vingtaine de mois au sein du groupe qui s’apprête à devenir trentenaire en juillet 2019. Ils sont d’ailleurs les seuls dont les voix ne figurent sur un album de Zenglen. Pour Dabenz, la chanson « Happy 20 » qu’il a interprétée pour marquer le vingtième anniversaire du groupe a été ajoutée au second album personnel de Jean Hérard Richard « Dix ans plus tard » puisque Zenglen n’avait pas prévu de sortir un album à cette époque. En ce qui concerne Klemay, les chansons qu’il devait interpréter sur l’album « Rezilta pi rèd » ont été finalement chantées par Wid. Même la composition « Bird of paradise » sur laquelle il avait réalisé une excellente performance vocale, et déjà en rotation sur les ondes avant l’arrivée de l’ancien chanteur de G7 des Cayes au sein de Zenglen, a été revisitée par ce dernier avant d’être insérée sur l’album « Rezilta pi rèd ».

C’est au cours de la période 2002-2012 que le groupe a connu son plus grand moment d’instabilité avec le départ (involontaire) de Gracia Delva puis les départs de Réginald Cangé, Frérot Jean Baptiste, Nickenson Prud’homme et Dabenz Chéry. Un peu plus tard, Jean Hérard Richard (Ritchie) et Romny Louixène Florestal (El Pozo) vont eux aussi abandonner le bateau Zenglen pour aller former quelques mois plus tard, le groupe « Klass ».

Les raisons des départs répétés au sein de Zenglen sont diverses à en croire les concernés. Elles varient d’un musicien à l’autre. Même si pour Brutus, la raison principale demeure la volonté de certains musiciens, spécialement des chanteurs, de lancer parallèlement leur carrière solo. La tête pensante de Zenglen pointe aussi du doigt l’industrie musicale haïtienne, si c’en est une, qui est caractérisée par son instabilité. Selon le maestro, les musiciens ne sont pas toujours prêts à traverser des périodes difficiles avec leur groupe. Toutefois, il admet que des circonstances indépendantes de la volonté des deux parties ont déjà contraint des formations musicales à se séparer de leurs chanteurs. Le cas Gracia avec le groupe Zenglen en 2002 reste un exemple patent.

Au delà de cette instabilité qui ronge le « ban devan » de Zenglen, le groupe fait quand même preuve d’une stabilité inégalable dans un domaine depuis déjà plus de vingt ans : la qualité de sa production. En effet, depuis 29 ans, Zenglen ne cesse de produire de magnifiques disques. Et ils ont quasiment tous connu des succès remarquables. Si l’on excepte les albums « Atò n alèz » et « Ou toujou la », sortis respectivement en 1992 et 1995, sur l’ensemble des albums studios de Zenglen figurent plusieurs hits dont leur popularité dépasse l’entendement. Qui ne se rappelle pas des chansons « Fidèl », « Tanbou nou » et « Michaëla » qui sont toutes gravées sur le premier album studio de Zenglen sorti en 1990, « An nou alèz ». Ces compositions ont fait les délices des mordus du compas du début des années 1990.

Après la période creuse qu’a vécue Zenglen entre 1992 et 1996, le groupe sort « On line », mais c’est avec « Easy compas » en 1999 que la bande à Brutus, rejointe auparavant par Gracia Delva, Jean Hérard Richard et Nickenson Prud’homme, va se repositionner sur l’échiquier musical haïtien. Des hits, cet album en connaitra plusieurs. « Easy compas », le titre éponyme de l’album, « 5 dwèt », « Flannè femèl », « Sexy love », « BS production » et « Tempo » sont parmi les plus prisés. Et depuis, Zenglen marche de succès en succès et ceci malgré les départs en cascade de musiciens dont le groupe est victime. Les albums « Do it right », « 5 etwal », « 5e vitès » et « Rezilta » ont tous été de véritables repères de hits.

Zenglen vient de sortir au cours de ce mois de mai, son 15e album studio baptisé « No dead end ». Avec ses 11 compositions interprétées par les trois (3) chanteurs du groupe Frérot, Wid puis Emmynix et la participation de quelques invités (Kikko et Master Brain), cet opus laisse déjà présager être, lui aussi, un repère de hits. Les chansons « Grèv bèbè », « Kafe anmè », « M swete l danse », « I miss my ex », « Pòt dèyè » et « Mèt kay la » bénéficient déjà d’une bonne appréciation de la part des consommateurs de l’héritage de Nemours Jean Baptiste. Si cet album parvient à confirmer avec le temps qu’il est un répertoire de hits, il viendra tout carrément s’ajouter à la longue liste des albums à succès de la machine à hits instable que conduit Pè Brut depuis 29 ans déjà, Zenglen.

Kenly Vilsaint

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